L'emballage plastique et souple

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Benoît HIGEL

Pdg de l'agence By Benoît


Le design packaging va s'inspirer de l'art et du design produit


Après 17 ans passés chez Carré Noir, consacrés au design de grandes marques nationales et internationales, Benoît Higel a fondé sa propre agence, By Benoît, il y a deux ans, et se positionne comme un auteur de marque. Il nous explique comment l'utilisation de matière recyclée devrait se développer dans le design packaging dans les années à venir.

 

FUTURS | Comment percevez-vous la réutilisation du matériau plastique dans la création de design produit ?


Benoît Higel : Aujourd'hui, l'utilisation de plastique recyclé est très répandue dans le design produit : on en trouve dans le mobilier, dans les lunettes, dans différents objets et même dans les tissus. Cette tendance est, à l'origine, un mouvement artistique appelé le slow design, qui revendique entre autres l'utilisation de matériaux recyclés dans la conception de meubles et d'objets en série très limitée, voire en pièce unique. Cette approche artistique influence aujourd'hui le design industriel.


FUTURS | Et qu'en est-il en matière de design packaging ?


Il est vrai que nous n'avons pas encore de demande de ce type mais je pense que, progressivement, les tendances observées au niveau artistique et en design produit vont irradier l'univers du packaging. Ce que l'on observe déjà, ce sont des réflexions globales de la part des marques sur l'ensemble du cycle de vie de leurs  produits et pas uniquement sur l'emballage. Par exemple, l'emballage PlantBottleTM de Coca-Cola correspond à ce type de démarche : une partie du matériau plastique de la bouteille est un PET d'origine végétale, conçu à partir de bioéthanol distillé, issu de déchets de cannes à sucre produites de façon durable au Brésil et qui entrent dans la fabrication du Coca-Cola. Danone a intégré 95 % de bioplastique issu de la canne à sucre dans ses bouteilles Actimel. Ce type de démarche est amené à se développer de plus en plus dans les années à venir.


 


 

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Béatrice Mariotti

Vice-président et directeur de la création chez Carré Noir


Certains plastiques retrouvent la noblesse de la Bakélite


Membre du Trend Observer Formes de Luxe qui délivre chaque année une analyse des tendances au Salon Luxe Pack Monaco, Béatrice Mariotti livre pour Futurs sa perception du matériau plastique dans le design packaging des produits de luxe.


FUTURS | Comment percevez-vous le matériau plastique dans la création de packagings de produits de luxe ?


Béatrice Mariotti : Ce matériau est à la fois incontournable, mais pas toujours recyclable et utilise des ressources non renouvelables. Cependant, que ce soit en cosmétique, parfumerie ou spiritueux, il offre beaucoup de possibilités et permet des finitions extraordinaires. Si l'on repense à ce qui était possible il y a 20 ans sur les flacons de parfums, on se rend compte des progrès effectués par les plastiques. C'est un secteur extrêmement dynamique. Parallèlement, la prise de conscience par rapport à ce matériau est réelle. Le jus Flower by Kenzo qui opte pour un flacon doté d'un système rechargeable en est un parfait exemple. Tout cela va dans le bon sens pour une meilleure gestion du cycle de vie des produits.


FUTURS | Y a-t-il certains matériaux plastiques que vous privilégiez particulièrement ?


Si je ne devais en retenir qu'un seul, ce serait le Surlyn. L'univers du luxe est particulier car il véhicule du rêve et de l'émotion. Les grandes marques ont différents moyens à leur disposition pour offrir cela au consommateur. Mais il est indispensable que le packaging, ultime moment où le consommateur se retrouve en contact avec le produit, soit porteur de ces dimensions émotionnelles sans transiger pour autant sur la précision fonctionnelle. Le Surlyn permet cela, par son association possible à d'autres matériaux et grâce à ses qualités de transparence, de finition et de surfaçage. Le flacon Fleur de Crystal de Lalique illustre parfaitement ces possibilités et transmet une certaine fierté à ce matériau. A l'image de la Bakélite inventée au début du XXe siècle, le Surlyn apporte de la noblesse au matériau plastique.


FUTURS | Parmi vos récentes réalisations, laquelle pourrait illustrer le mieux la créativité permise par ce matériau ?


Un coffret pour Martini Royale, le Martini Circle, qui regroupe deux bouteilles et deux verres à cocktail. Seul un matériau plastique, grâce à un important travail de moulage, pouvait satisfaire notre création.

 



 

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Jérôme Lanoy

PDG de l'agence Logic Design


« Le matériau plastique est très présent dans le packaging alimentaire »

 

PDG de l'agence Logic Design qui fête ses 25 ans en 2013, Jérôme Lanoy revient sur l'intérêt du matériau plastique dans le packaging des produits alimentaires. Une agence qui compte à son actif le lancement de Zap de Yoplait à la fin des années 90, de Knacki Ball d'Herta et NaturNes de Nestlé.


FUTURS | A l'heure où la sensibilisation contre le gaspillage alimentaire bat son plein, quels arguments en faveur de l'emballage vous semblent importants dans cette lutte en tant que créateur d'emballages pour l'alimentaire ?


Jérôme Lanoy : Le rayon des produits frais n'a cessé de se développer depuis les 20 dernières années. Ces produits sont plus sensibles à la lumière, à l'oxygène... Sans l'évolution constatée au niveau des emballages ces dernières années - multi-portions, emballages refermables, films souples de plus en plus protecteurs... -, ils auraient une durée de vie beaucoup plus courte et seraient périssables plus rapidement. En cela, le packaging apporte un véritable service en termes de conservation des produits et évite le gaspillage.

 

FUTURS | Quelle place tient le matériau plastique sur les emballages alimentaires ?

 

Aujourd'hui, la plupart des solutions sur le marché du « food » sont en matériau plastique. On le retrouve quasiment sur tous les univers de l'alimentaire, que ce soit au rayon frais, au rayon surgelé, sur les gâteaux, le sucre, le miel ou bien encore dans les fruits et légumes avec les systèmes de coques en plastique qui garantissent des fruits mûrs à point, sans parler de l'univers des liquides où pour les eaux et les sodas, le plastique est devenu le matériau de référence.

 

FUTURS | Quels sont les atouts de ce matériau ?

 

C'est d'abord et avant tout sa plasticité. Cela permet en amont des gains logistiques par rapport à d'autres matériaux. Pour la fabrication de bouteilles, on transporte et stocke des granules, pour les pots, ce sont des bobines de films, etc., alors que pour beaucoup d'autres matériaux, on est obligé de transporter des emballages vides, donc de l'air. Cette plasticité permet bien sûr la créativité dans le design packaging grâce à une grande diversité des technologies possibles (injection, extrusion-soufflage, thermoformage...), ainsi qu'un éventail infini de finitions, de touchers... Sans oublier toutes les fonctionnalités qu'offre le matériau plastique, déjà évoquées plus haut - emballages sécables, refermables...- qui permettent aux produits d'être totalement adaptés à nos modes de vie modernes.
En revanche, l'image industrielle du matériau plastique est plutôt un handicap. C'est pourquoi, nous recherchons aujourd'hui de plus en plus de solutions plastiques biosourcées.

 

FUTURS | Quelles sont les réalisations dont vous êtes le plus fier ?

 

Le packaging de Knacki Ball d'Herta a révolutionné l'emballage des saucisses cocktail, jusqu'alors peu esthétique et vraiment pas pratique : un pot qu'on peut réchauffer au four micro-ondes et mettre sur la table. De surcroît, il présente une belle association entre deux matériaux - le carton et le plastique - qui peuvent être séparés au moment du tri. Le packaging de NaturNes est également un très bel exemple de démarche de design d'une grande maturité. En effet, jusqu'alors, aucune marque n'avait pensé à lancer des produits frais dans l'univers du babyfood. Ce projet a été conçu dans sa globalité en amont et l'usine a été construite ensuite, autour des besoins du produit. C'est très rare dans notre métier de pouvoir faire du design en intégrant tous les aspects industriels, financiers, sociétaux..., sans avoir de contraintes préétablies, notamment industrielles.

 

 


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Louis Comolet

Dirigeant et co-fondateur de l'agence CLTG


Le plastique, un matériau dynamique et en perpétuelle évolution


Dirigeant et co-fondateur de l'agence CLTG, créée en 1992 et reconnue comme le chef de file des agences de communication globale, Louis Comolet explique sa perception du matériau plastique dans la création de design packaging pour l'agro-alimentaire.


FUTURS | Le matériau plastique est-il incontournable dans le design packaging du food ?


Louis Comolet : L'utilisation du matériau plastique dans le packaging agro-alimentaire intervient tout d'abord pour sa pertinence par rapport au sujet à traiter. Mais il permet également, grâce à la technique d'injection, des fonctions supplémentaires en termes de praticité : le bouchon anti-goutte sur la bouteille d'huile, le bouchon verseur sur la lessive, le fameux « tire-croque » du bocal de cornichons... Si l'on regarde les différents marchés de l'agro-alimentaire, le plastique est devenu incontournable sur certains. Sur les liquides, par exemple, où il est la référence pour l'eau ou les sodas. De même, sur le marché des yaourts. De surcroît, il a permis l'existence de nouveaux marchés comme celui des plats cuisinés ou bien encore celui de la 4e gamme. Il a ainsi gagné ses lettres de noblesse. Sa versatilité en fait un matériau en évolution permanente, notamment au niveau des emballages souples où, grâce à des associations de plastiques différents, on peut obtenir à la fois de la rigidité et une facilité d'ouverture, un sens de la déchirure ou des propriétés barrières.


FUTURS | Le matériau plastique est-il un bon support à la créativité ?


C'est un matériau dynamique en perpétuelle évolution. Il permet beaucoup de chose, et souvent à un coût moindre qu'avec d'autres matériaux. Néanmoins, si les annonceurs sont demandeurs d'innovation, ils ne sont pas toujours prêts à la payer. Une meilleure communication entre les agences et les industriels permettrait d'accélérer le lancement de certaines innovations sur le marché. Nous sommes obligés d'aller à la pêche aux informations alors que nous sommes de véritables prescripteurs. Je fais le même constat sur les plastiques biosourcés. Nous avons beaucoup de demandes mais très peu d'informations sur le sujet. C'est un véritable frein à l'innovation.


FUTURS | Un exemple pour illustrer ?


La Motte de beurre de Président est un bon exemple de ce que peut permettre le plastique. Nous avons créé un plateau service reprenant les codes d'un beurrier avec une cloche. Dans l'emballage souple, je pense au pack d'une Mimolette à la marque Boule d'Or. Le film plastique imite le papier sulfurisé, apportant ainsi de l'authenticité au produit et de la transparence.