Par Philippe Cahen, Prospectiviste

Les prix du gaz et du pétrole vont baisser

 

Disons qu'un prospectiviste peut démonter une chose et son inverse. Je choisis cette affirmation que je vais démontrer.


Le gaz naturel payé en France est indexé sur le prix du pétrole. Son niveau est voisin de 20$ par million de BTU, l'unité de référence. Aux États-Unis, le prix est autour de 2$. Il s'agit de gaz de schiste. Les capacités de production de gaz liquéfiées américaines vont dépasser celles du Qatar, n°1 mondial. Sous réserve de résoudre la contrainte environnementale de la fragmentation de la roche, les États-Unis seront exportateurs. La Chine estime avoir deux fois les réserves américaines soit 25.000 Md de m3 avec cependant des contraintes urbaines et d'eau ... Dans les contrats à long terme du Qatar avec Taïwan et la Corée du Sud les prix sont à la baisse. Il y a des réserves comparables en quantité aux réserves américaines au Mexique, en Argentine, de moitié plus faible au Canada, en Afrique du Sud, en Australie. La France aurait un cinquième des réserves américaines.


Le pétrole de schiste américain suit le même chemin que le gaz. Le coût d'extraction est selon l'AIE (en attente de la définition) de 50$ le baril pour un prix d'environ 85$ à New York. Il y aurait 24Md de barils en réserves. Les importations en pétrole et gaz des États-Unis passeraient de 49% de la consommation à 36%. Il pourrait y avoir du pétrole de schiste là où il y a du gaz de schiste donc des réserves importantes. Accessoirement, cette situation serait profitable au rôle des États-Unis sur un plan mondial par le poids qu'ils peuvent avoir sur les cours du gaz et du pétrole.


Or le baril est passé de 120$ à 100, voire 90$ principalement en raison de la crise économique de ces derniers mois.


Le printemps arabe a coûté 20$ de plus par baril aux différents états du Golfe en achetant la paix sociale. Par exemple, l'Arabie Saoudite s'est engagée à la construction de 500.000 logements sur cinq ans. Ce qui rend nécessaire la vente du baril à 85/90$ dans ces états.


La Russie fonde son développement sur un baril cher. La réduction des exportations iraniennes dans ce cadre est un bien... pour soutenir le prix ; compensant en partie, la hausse de production irakienne.
Reste les énergies renouvelables. Leurs installations croissent rapidement, de 40% d'ici 2017 selon l'AIE (Agence Internationale de l'énergie) soit un accroissement annuel de 5.8% contre 5% annuel de 2005 à 2011. En 2017, les installations mondiales en énergies renouvelables pourraient couvrir cinq fois les besoins globaux d'énergie des Etats-Unis. Ce qui est largement significatif.


Globalement dans les cinq années à venir, la hausse de production des énergies renouvelables et des gaz et pétrole de schiste vont s'amplifier au détriment des gaz et pétrole classiques et la reprise de la croissance économique va se faire avec moins de besoin d'énergie. C'est donc bien le chemin vers une baisse du prix du gaz et du pétrole.

 

Depuis 1995, Philippe Cahen intervient en prospective auprès d'entreprises et entités pour imaginer leurs futurs. Il développe une méthode de prospective originale, souple et économique, fondée sur les signaux faibles et les scénarios dynamiques. Depuis 2003, il envoie tous les mois La Lettre des Signaux Faibles à 8000 abonnés.

Conférencier, enseignant, il est régulièrement sollicité par les médias.

Pour en savoir plus : www.signaux-faibles.fr