Par Philippe Cahen, Prospectiviste

Peak stuff ? Le pic des objets ?

 

Ce n'est pas une fixation. Mais la question reste entière, depuis l'an 2000 environ, donc avant la crise de 2008, on constate une baisse de consommation de matériaux de construction, d'eau, de papier, de viande, de textile, d'énergie (électricité, gaz naturel), etc. dans plusieurs pays européens alors que le PIB continue de croitre. Pour l'eau et l'énergie, les campagnes des écologistes finissent par porter. Au-delà de ce constat, avons-nous atteint un peak stuff comme il y a un peak oil , une sorte de sommet qui fait que l'on vit aussi bien avec moins ? Ce pic correspond-il à une baisse de pouvoir d'achat ou de vouloir d'achat ou d'impératif d'achat ?

 

Autre signal faible semblable. Le 19 janvier 2012, le Parlement européen vote une résolution pour lutter contre le gaspillage alimentaire ... d'ici 2025. Le sujet est simple : le tiers des produits alimentaires mondiaux est détruit dans les pays en voie de développement au niveau de la fourche, dans les pays développés au niveau de la fourchette. Chaque européen jette 179 kg par an (290 kg selon la FAO) en incluant le circuit complet, 15 à 20 kg directement par le consommateur dont la moitié encore emballé. Le produit alimentaire a peu de valeur pour certains alors que un européen sur six vit sous le seuil de pauvreté. La solution est dans l'information, dans l'emballage, dans les promotions... et dans la prise de conscience.

 

Clairement, nous allons vers des campagnes de communication contre le gaspillage. Et que ce soit pour des motifs de préservation de la planète ou de préservation de pouvoir d'achat, de plus en plus de consommateurs vont exprimer leur lutte contre le gaspillage dont le cabas de courses alimentaires est finalement le premier symbole quotidien.

 

Une solution serait de clarifier pour le consommateur la date limite de vente, la date limite de consommation qui se distingue entre « avant le » et « jusqu'au ». Elle dépend du législateur. Une autre solution est de travailler l'emballage lui-même qui pourrait exprimer la fin de vie du produit par des signes physiques directement compréhensibles ou au contraire prolonger la conservation d'aliments comme le fait la chaine Marks & Spencer pour les fraises et bientôt d'autres fruits fragiles. Une autre solution encore est de promouvoir les déchets compostables qui sont nombreux aussi bien par les achats en trop grandes quantités que par la préparation en cuisine des particuliers et de la restauration professionnelle.

 

Peak stuff ? Le sujet étonne ... Economic stuff ? Le sujet est en marche.

 

Depuis 1995, Philippe Cahen intervient en prospective auprès d'entreprises et entités pour imaginer leurs futurs. Il développe une méthode de prospective originale, souple et économique, fondée sur les signaux faibles et les scénarios dynamiques. Depuis 2003, il envoie tous les mois La Lettre des Signaux Faibles à 8000 abonnés.

Conférencier, enseignant, il est régulièrement sollicité par les médias.

Pour en savoir plus : www.signaux-faibles.fr