Par Philippe Cahen, Prospectiviste

 

Et si la démondialisation était en marche ?

 

Intuitivement, depuis quelques années, malgré la hausse du commerce mondial, la mondialisation ralentit par la mise en place de freins à l'importation de plusieurs pays et non des moindres (Chine, Brésil, ... Etats-Unis). La hausse des salaires chinois contribue aussi à ce ralentissement. La Chine délocalise et des entreprises se relocalisent dans ou proche des pays consommateurs (produire en Bulgarie ou Roumanie trouve un intérêt certain).


Selon le dernier rapport du MGI, think tank de McKinsey, la démondialisation est en marche dans la sphère financière depuis la crise de 2007. Les flux des capitaux transfrontaliers sont inférieurs de 61% à leur niveau d'avant crise, et de manière plus générale, la valeur des actifs financiers dans le monde ne progresse quasiment plus. Bien sûr, il en va de la chute des capitalisations des Bourses mondiales mais globalement, l'expansion du système financier mondial est à l'arrêt.


McKinsey en fait deux lectures, soit le dégonflement est normal et nécessaire, soit les conséquences peuvent ralentir les investissements mondiaux et donc la croissance future. Et puis, « chaque pays se recroqueville sur son propre système financier. »


En tant que prospectiviste, je propose deux lectures contraires.


La première est que le ralentissement actuel est conjoncturel et lié à l'assainissement de la finance mondiale. D'ici peu, la réactivité et la créativité de la finance relancera la machine. Il faut même envisager que l'épicentre de la finance mondiale, comme le commerce mondial, passe en mer de Chine.


La seconde est que le ralentissement des flux financiers transfrontaliers n'est que la partie visible d'un mouvement plus profond lié au développement des classes moyennes mondiales. Les attentes locales sont gourmandes en capitaux et en placements. Le nouveau président chinois s'en est fait l'écho.


Le futur se situe entre ces deux lectures. Mais il n'y a pas de milieu parfait et chacun doit aller de sa conviction.

 

Depuis 1995, Philippe Cahen intervient en prospective auprès d'entreprises et entités pour imaginer leurs futurs. Il développe une méthode de prospective originale, souple et économique, fondée sur les signaux faibles et les scénarios dynamiques. Depuis 2003, il envoie tous les mois La Lettre des Signaux Faibles à 8000 abonnés.

Conférencier, enseignant, il est régulièrement sollicité par les médias.

Pour en savoir plus : www.signaux-faibles.fr