Par Philippe Cahen, Prospectiviste

Pourquoi ne pas parler de rupture d'approvisionnement ?

 

Nous vivons dans un monde fini. Fini au sens où ce qui existe sur, sous et autour de la Terre est limité. Que ce soit l'eau, l'air, les produits du sous-sol. Et pour être court, ce que produit le sol dépend de la qualité et de la quantité de l'eau, de l'air et des matières produites sur le sol ou extraites du sous-sol. La plupart des énergies viennent du sous-sol puisqu'elles sont fossiles. Toutes les matières solides ou presque que nous utilisons comme le fer ou l'aluminium ou le verre viennent du sous-sol. Elles sont finies.

 

Les produits de haute technologie qui nous entourent sont de plus en plus nombreux notamment dans l'industrie (laser, micro condensateur, circuits intégrés, écrans, etc.). Ils nécessitent des métaux rares dont la production est contrôlée par un nombre restreint de pays dont les principaux sont la Chine, la Russie, la République Démocratique du Congo et le Brésil. Ils font intervenir régulièrement les nanosciences, prometteuses dans le domaine de l'énergie.

 

Ces métaux rares et d'autres sont qualifiés de « matériaux critiques » lorsqu'ils sont importants pour la fabrication de certains produits (véhicules électriques, énergies renouvelables) ET lorsque les ruptures d'approvisionnement sont risquées. A ce titre, il entre dans la stratégie des Etats d'identifier et/ou de protéger les ressources.
Les matériaux critiques sont remarquables aussi par un très faible taux de recyclage. L'industrie et les services consomment de fait quantité non négligeable de matériaux critiques et sans le savoir, ils recyclent peu cette richesse.

 

Si à l'origine, les « matériaux critiques » sont les matériaux des terres rares, on y a ajouté de plus courants comme l'antimoine, le cobalt, la fluorite, etc. voire le gallium utilisé dans les circuits intégrés que chacun connait. Des menaces ont été jugées crédibles par l'Union Européenne sur l'aluminium (dans les CD), le chrome, le manganèse (dans les piles alcalines), le nickel (dans les disques durs), le vanadium (dans le piles lithium ion), etc. et aussi l'argent, le silicium, le talc, etc.
Même si le Japon a découvert il y a un an dans le Pacifique mille fois les réserves de terres rares connues actuellement, un recyclage efficace est évidemment la première étape incontournable à mettre en œuvre. Avant qu'elle ne soit imposée.

 

Lire avec intérêt http://www.ecoinfo.cnrs.fr/spip.php?article197

 

Depuis 1995, Philippe Cahen intervient en prospective auprès d'entreprises et entités pour imaginer leurs futurs. Il développe une méthode de prospective originale, souple et économique, fondée sur les signaux faibles et les scénarios dynamiques. Depuis 2003, il envoie tous les mois La Lettre des Signaux Faibles à 8000 abonnés.

Conférencier, enseignant, il est régulièrement sollicité par les médias.

Pour en savoir plus : www.signaux-faibles.fr