Par Philippe Cahen, Prospectiviste

 

Qui parle encore du « peak of Hubbert » ?


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Philippe Cahen

Les signaux faibles sont les conclusions des informations, des signes, inspirant réflexion. Exemple : le prix du baril de pétrole. Entre 2005 et 2007, il oscillait entre 50 et 75$ (brent de Londres). Depuis la fin 2007 sa hausse régulière est allée à un sommet de 150$ en juillet 2008. Il était quotidiennement question à l'époque de « peak oil » ou « peak of Hubbert » : le moment de bascule où l'on exploitera autant de pétrole que l'on en a déjà exploité, où l'on bascule vers la fin du pétrole. Le « peak » devait être autour de 2020. Devant cette vision, certains se hasardaient à prévoir rapidement un baril à 300$ car les 200 seraient bientôt atteints. Toute l'économie s'envisageait selon ce scénario. Dans le même temps, le prix des produits alimentaires s'envolaient d'un indice 100 (1998-2000) à 300 (produits laitiers et céréales) fin 2007, début 2008. En décembre 2008, le baril de brent a atteint ... 32,40$ le baril.


Le propre de la méthode des signaux faibles est de se distinguer de la ... pensée unique. Puisque le baril monte, imaginons-le à 300 et pourquoi pas à 400$ le baril. Et imaginons qu'il puisse baisser à 50$. Posons une hypothèse et son inverse. On trouvera des arguments objectifs dans l'un ou l'autre sens. Le baril aujourd'hui navigue autour de 100/110$. En novembre 2014, il descend sous les 80$. D'une part la croissance mondiale est plutôt faible, les stocks sont élevés, la pression environnementale pousse aux énergies alternatives, d'autre part les pétroles de schistes, nouvellement développés sur le marché sont en exploitation importante. A-t-on entendu parler du « peak of Hubbert » depuis 2010 ? Non ! Le monde croule sous les énergies carbones qui devaient s'épuiser. En revanche, un baril sous les 90$ met en péril bien des économies notamment la Russe, les économies de la péninsule arabique (Arabie Saoudite, Qatar, etc.), l'algérienne, etc. Et sous 70$ c'est le pétrole de schiste américain qui n'est plus rentable.

 

Une même information porte des signaux faibles différents et tous exacts. Travailler sur des hypothèses inverses n'est pas facile dans la pensée unique... Faisons-le pourtant. Relever les signaux faibles c'est capter une information, changer de regard envers l'information. Chaque regard se justifiera par des informations sourcées et justifiées.

 

 


 

 

Depuis 1995, Philippe Cahen intervient en prospective auprès d'entreprises et entités pour imaginer leurs futurs. Il développe une méthode de prospective originale, souple et économique, fondée sur les signaux faibles et les scénarios dynamiques. Depuis 2003, il envoie tous les mois La Lettre des Signaux Faibles à 8000 abonnés.


Conférencier, enseignant, il est régulièrement sollicité par les médias.


Pour en savoir plus : www.signaux-faibles.fr