Par Philippe Cahen, Prospectiviste

 

Agriculture et pêche : la course à la recherche


Projetons-nous dans le futur, à 2035 par exemple. La pollution de la terre aura augmenté, la température aura continué à monter de 1 ou 2°, les océans auront gagné plus de 20cm et des océans plus acides désorientent des poissons, des insectes du sud porteur de maladies (chikungunya) migrent vers le nord. Pour le Giec (groupe d'experts internationaux sur le climat), les rendements agricoles auront baissé de 20% par rapport au siècle dernier. Le maïs sera remplacé par du sorgho, les gros mammifères produiront moins de lait, les vins auront trop d'alcool, etc. Bref, l'homme va devoir admettre que sa vision du monde agricole du XXe siècle n'est pas celle du siècle en cours et qu'il doit maitriser son alimentation comme il tente de tout maitriser.


L'une des recherches importantes développée depuis environ cinq ans est la ferme verticale. Il s'agit d'unités de productions de fruits et légumes en hydroponie (hors sol), maitrisant tous les intrants donc pouvant être très « écologiques », et transformant la production sur place, installées en zone urbaine. Une accélération récente brutale est liée à la catastrophe de Fukushima. La hantise de produits radioactifs ou même pollués, liée à l'importance des produits frais chez les japonais, conduit Toshiba à investir dans une ferme verticale à Tokyo. Sur 2.000m², Toshiba vise 3 millions de salades annuelles. Panasonic, Fujitsu, Sharp entament d'autres expériences.


En Afrique du Sud, des recherches portent sur l'« aquaponie ». L'eau d'aquaculture nourrit (composés azotés, phosphore et potassium) les cultures en hydroponie. Effectivement, la consommation de poissons - une protéine animale performante - a doublé en 50 ans dans le monde (1960-2010), elle pourrait encore augmenter de 50% d'ici 2035 (30 kg par habitant) et être issue à plus de 50% de l'aquaculture. L'insuffisance de production naturelle de poissons dans les océans et la réduction des terres arables justifient ces recherches.


L'agriculture et la pêche urbaines ne sont pas la solution, mais en 2035 avec 55% de terriens urbains, le marché ne sera pas négligeable. L'homme modifiera ses habitudes alimentaires et sanitaires.

 

 


 

 

Depuis 1995, Philippe Cahen intervient en prospective auprès d'entreprises et entités pour imaginer leurs futurs. Il développe une méthode de prospective originale, souple et économique, fondée sur les signaux faibles et les scénarios dynamiques. Depuis 2003, il envoie tous les mois La Lettre des Signaux Faibles à 8000 abonnés.


Conférencier, enseignant, il est régulièrement sollicité par les médias.


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